Le Chan Le temple Fawang


LE CHAN

Le Chan est une branche du bouddhisme chinois. C’est de lui que sont nées les écoles du Zen japonais.

Sa doctrine remonte à Sakyamuni, personnage central d’une légende à l’origine du bouddhisme. Après divers épisodes initiatiques, il atteint la délivrance sous l’arbre de l’Éveil. Ayant réalisé la vérité, il entreprend de la prêcher et réunit autour de lui des disciples toujours plus nombreux.

Il est devenu le Bouddha historique et a posé les préceptes fondamentaux de son enseignement, dont les Quatre Nobles Vérités :

  1. KU : l’amer, au sens de la souffrance
  2. JI : les causes de la souffrance
  3. MIE : éteindre la souffrance
  4. DAO : la voie, le chemin
1. KU (amer) – La souffrance

La tradition bouddhiste distingue huit souffrances. Les quatre premières tiennent au corps et au cycle de la vie. Les quatre suivantes naissent de l’esprit : de nos attachements, de nos rejets et des aléas du quotidien (travail, amour, soucis…).

Les souffrances du corps

  1. La naissance : venir au monde, avec toute la fragilité que cela suppose.
  2. La vieillesse : le corps et la mémoire qui déclinent peu à peu.
  3. La maladie : la douleur, et parfois la perte d’autonomie.
  4. La mort : la peur de la fin et de quitter son corps.

Les souffrances de l’esprit

  1. Être séparé de ce que l’on aime : perdre ou quitter un être cher, un lieu, un moment heureux.
  2. Être confronté à ce que l’on n’aime pas : côtoyer ce qui nous déplaît, ou subir une obligation, comme un travail que l’on n’a pas choisi.
  3. Ne pas obtenir ce que l’on désire : l’insatisfaction des envies, des ambitions et des attentes qui ne se réalisent pas.
  4. S’attacher aux cinq agrégats : la plus subtile. Nous nous identifions à notre corps, nos sensations, nos perceptions, nos pensées et notre conscience, et croyons à un « moi » qui durerait toujours.
2. JI – Les causes de la souffrance

La souffrance a trois causes :

  • l’ennui
  • l’action
  • le manque de sagesse
3. MIE – Éteindre la souffrance

Nous poursuivons trois désirs :

  • la joie et le plaisir, dans l’immédiat
  • la vie, sur le long terme
  • le pouvoir

Rechercher ces trois désirs produit le contraire du but recherché : la souffrance.

Comment résoudre alors les ennuis de la vie quotidienne ? En cherchant leur cause. Une fois les causes connues, on peut chercher une solution pour atteindre la sagesse.

4. DAO – La Voie

Huit méthodes permettent d’« éteindre » la souffrance :

  1. l’opinion et les connaissances justes
  2. la volonté juste
  3. la parole juste
  4. l’action, le comportement juste
  5. une façon de vivre juste, équilibrée
  6. l’effort convenable
  7. la pensée juste
  8. la capacité de réunir l’esprit et le corps pour trouver le juste milieu

Le regard du Chan

Pour le pratiquant du Chan, ces huit souffrances ne sont pas une raison de désespérer. Elles sont au contraire un point de départ sur la voie.

La méditation apaise l’esprit, qui apprend à ne plus être emporté par ce qui arrive du dehors. Le Chan parle de rester stable face aux « huit vents » : la louange et le blâme, le gain et la perte, l’honneur et le déshonneur, le plaisir et la peine.

En tranchant la racine de l’attachement, l’esprit découvre sa vraie nature, la nature de Bouddha, et trouve la libération et une paix profonde.


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LE TEMPLE SHAOLIN

Le Temple de Shaolin est le berceau du bouddhisme Chan et du Kung Fu de Shaolin. Depuis sa construction, plus de mille cinq cents ans d’histoire s’y sont déroulés.

Le saviez-vous ?En français, « Kung Fu » désigne les arts martiaux. En chinois, 功夫 (gōngfu) associe 功, l’accomplissement d’un travail, et 夫, la personne. Le mot désigne le temps et l’effort que l’on consacre à une pratique, et la maîtrise qui en découle. Il vaut pour tous les domaines : on parle du gong fu d’un musicien ou d’un calligraphe, et la préparation soignée du thé s’appelle le « gongfu cha ».

Un temple au cœur de la forêt

Le Temple se situe au plus profond du Song Shan, près de la ville de Dengfeng, dans la province du Henan. Il est bâti sur la partie ouest du mont Song, sur la montagne Shaoshi, au milieu d’une épaisse forêt.

La montagne a donné son nom à la forêt, « Shaolin » (« lin » signifie « forêt » en chinois), qui a elle-même donné son nom au Temple.

Sa fondation en 495

En 495 après J.-C., sous le règne de l’empereur Xiao Wen (dynastie des Wei du Nord), le grand maître bouddhiste Batuo, venu d’Inde, enseigne le bouddhisme à Luoyang.

L’empereur Xiao Wen lui fait un don pour édifier un temple bouddhiste. Ce temple bâtira peu à peu sa renommée, jusqu’à devenir le célèbre Temple de Shaolin, connu dans le monde entier.

Le saviez-vous ?Luoyang, dans la province du Henan, est encore aujourd’hui un important foyer culturel. Tout près se trouvent les grottes bouddhiques de Longmen et leurs innombrables statues de Bouddha taillées à même la roche, certaines de taille colossale.

Les grands maîtres

De nombreux personnages célèbres se sont succédé au Temple : Batuo, Seng Chou, Hui Guang, Damo, Hui Ke, Shao Yuan, Bian Cheng, Fuju, Jue Yang, Fu Yu, Xiao Shan, Yue Kong, Xing Zheng, De Chan, Sui Xi… Tous sont de grands maîtres au destin singulier. Deux d’entre eux ont marqué la légende :

  • Damo (Bodhidharma en sanskrit) : arrivé au Temple de Shaolin, il passa neuf ans à méditer face aux murs d’enceinte.
  • Hui Ke : il se coupa le bras gauche pour montrer sa volonté et sa sincérité à Damo, afin de devenir son disciple.

Des moines au service de l’État

Au VIIe siècle, treize moines du Temple jouent un rôle décisif dans une bataille menée par le prince Li Shimin et lui sauvent la vie. Devenu empereur, il remercie le monastère : il l’autorise à lever sa propre armée et lui accorde des terres supplémentaires. (L’histoire complète est racontée plus bas, dans « Les disciples laïques du temple ».)

Le saviez-vous ?La dynastie Tang succède à celle des Sui. Le dernier empereur Sui, Yang Guang, la conduit à sa perte par ses extravagances et sa cruauté : il ne peut faire face aux soulèvements du peuple ni à l’opposition des politiques. Li Yuan lui succède et devient le premier empereur Tang. Mais l’armée rebelle des Sui refuse de céder le pouvoir. Le fils de Li Yuan, le prince Li Shimin, mène alors les armées impériales sur les rives du fleuve Jaune, où la bataille décisive est gagnée grâce aux treize moines.

Aux côtés de l’État, les troupes de moines combattent ensuite les pirates, nombreux à cette époque. Les troupes de disciples laïques se battent aussi aux frontières pour repousser les envahisseurs.

Dans le même temps, le bouddhisme Chan s’exporte en Asie : des groupes de moines japonais viennent l’étudier au Temple de Shaolin.

Gardiens de la tradition au XXe siècle

Plus près de nous, Maître Su Xi, entré au Temple en 1938 et qui y a vécu toute sa vie, sauvegarde la culture de Shaolin. Pendant la Révolution culturelle, il cache les écrits du Temple pour les protéger des gardes rouges.

Après lui, Maître Xing Zheng fait renaître les valeurs de Shaolin après ces temps troublés. De Chan prend ensuite le relais. Il enseigne notamment le Kung Fu à Zong Dao Cheng, celui qui construira un temple de Shaolin.


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LES DISCIPLES LAÏQUES DU TEMPLE

Au Temple de Shaolin, on distingue deux groupes d’élèves : les moines et les disciples laïques. Ces derniers sont nés d’une histoire de reconnaissance entre le Temple et un futur empereur.

Les moines

Ils se répartissent en deux catégories :

  • Les moines littéraires apprennent le bouddhisme et le Chan. Ils vivent toute l’année au temple et suivent toutes les règles du bouddhisme.
  • Les moines martiaux pratiquent les arts martiaux, le bouddhisme et le Chan. Après une bonne réussite dans ces disciplines, ils peuvent quitter le temple.

Les disciples laïques

Ils apprennent les arts martiaux pour bien préparer leur avenir : en sortant du temple, ils pourront travailler pour l’État. Ils pratiquent les arts martiaux sans être moines, et ne sont donc pas soumis aux règles du bouddhisme.

L’histoire des treize moines

Les terres de Bai Gu. À environ 40 km au nord-ouest du Temple, près de Luoyang et au sud-est de la rivière Yi Luo, se trouve un endroit nommé Bai Gu. Avant la dynastie Tang, le temple y envoie treize jeunes moines martiaux très forts pour cultiver ses terres (3 hectares).

L’embuscade. En 618, le chef de guerre Li Shimin veut renverser le pouvoir et s’emparer de Luoyang, alors capitale. Ses troupes sont postées au nord-est de la ville, juste derrière le fleuve Jaune (Huang He). Profitant d’une journée très pluvieuse, il se poste discrètement à l’ouest de Luoyang avec une cinquantaine de soldats, car l’endroit est plus avantageux pour combattre.

Mais son ennemi, plus rusé, se doute de la manœuvre et envoie de nombreux soldats à l’ouest. La bataille s’engage. Trop peu nombreux, Li Shimin et ses hommes fuient vers l’ouest, jusqu’à la rivière Yi Luo. Ne pouvant la traverser, ils la longent vers le sud, poursuivis par leurs ennemis.

La fuite. Les soldats de Li Shimin tombent un à un, jusqu’au dernier. Blessé et affaibli, Li Shimin décide de traverser la rivière, et son cheval y parvient. Il arrive sur les terres de Bai Gu, où il rencontre les treize moines de Shaolin, qui choisissent de le cacher.

La victoire. Ne trouvant pas Li Shimin mais persuadé que les moines le cachent, l’ennemi attaque le temple. Pendant ce temps, Li Shimin et quelques moines, cachés dans la montagne, franchissent les barrages déguisés en bergers et rejoignent sa base.

Profitant de la bataille de Shaolin, Li Shimin attaque Luoyang et s’en empare. Il envoie ensuite ses troupes aider les moines. Pris au piège entre les moines et les troupes de Li Shimin, l’ennemi perd la bataille, et Li Shimin prend le pouvoir. Il devient l’empereur Taizong, l’un des plus célèbres de l’histoire chinoise.

La naissance des disciples laïques

Pour remercier le Temple, Li Shimin ordonne de recruter 500 moines martiaux (Seng Bing), afin de développer le Temple et de former de futurs soldats pour la Nation. Le Temple devient un centre d’apprentissage du Kung Fu. Comme leurs motivations diffèrent de celles des moines, une nouvelle catégorie voit le jour : les disciples laïques.

Dès lors, beaucoup de disciples laïques sortent du temple pour devenir commandants et combattants :

  • Zhao Kuangyin, premier empereur de la dynastie Song
  • Zhu Yuanzhang, premier empereur de la dynastie Ming
  • Yue Fei, héros historique chinois
  • de nombreux généraux modernes, comme Qian Jun ou Xu Shiyou

Aujourd’hui, de plus en plus de disciples laïques, parmi les meilleurs, partent vivre à l’étranger pour y enseigner le Kung Fu et la culture de Shaolin.


LE TEMPLE FA WANG

Au pied de la montagne Song se trouve le temple Fawang, l’un des tout premiers lieux du bouddhisme en Chine. C’est aussi le cœur de l’Union des Disciples Laïques de Shaolin.

La montagne Song

La montagne Song (Songshan) se situe dans la ville de Dengfeng, dans la province du Henan. Elle possède un riche patrimoine historique et culturel : c’est le berceau du bouddhisme Chan (le Zen chinois) et du Kung Fu Shaolin.

L’histoire du temple Fawang

Le temple Da Fawang, plus connu sous le nom de temple Fawang, est situé au pied de la montagne Song.

  • En 69 après J.-C., l’empereur de la dynastie Han invite des moines en Chine : c’est ainsi que le bouddhisme est introduit dans le pays. L’empereur choisit le site de Songshan, pour la pureté et la tranquillité des lieux.
  • En 1048, l’empereur Zhao Zhen (Renzong), de la dynastie Song, agrandit le temple à une échelle sans précédent : il réunit ses cinq cours en un seul ensemble, qu’il nomme « grand temple Fawang du mont Song ».
  • Sous les dynasties Han, Jin, Tang, Song et Ming, le temple, l’un des plus anciens de Chine, prospère. À son apogée, il couvrait plus de 300 hectares, comptait un millier de salles et accueillait plus de 1 000 moines et prêtres.

L’Union des Disciples Laïques de Shaolin

L’Union a été fondée dans l’esprit de la culture Shaolin, pour promouvoir la culture des arts martiaux chinois. Elle crée un réseau mondial de clubs qui souhaitent tisser des liens, se rencontrer, échanger, et organiser ensemble des stages ou des compétitions.

Elle forme un paysage culturel unique de Shaolin, qui repose sur trois points fondamentaux :

  1. L’esprit Shaolin : une organisation dont les membres sont des disciples de Shaolin.
  2. Une organisation « centralisée » des activités, des programmes de stages et des compétitions.
  3. Un regard tourné vers l’avenir : « unis pour créer l’avenir des arts martiaux », en construisant des ponts entre les pays pour un développement harmonieux, tous ensemble.

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